RELEVAGE DU CÂBLE SOUS-MARIN DE TÉLÉCOMMUNICATION SEA-ME-WE 3...
Le câble sous-marin de télécommunication SEA-ME-WE 3, mis en service fin
1999 et géré par un consortium dont BICS est le représentant, relie 39 pays sur
quatre continents. En Manche Est et Mer du Nord, le sous-segment S10.2 traverse
les eaux territoriales françaises des Hauts-de-France sur 110 km, sans atterrage
sur le sol français. Le câble passe au large des côtes des Hauts-de-France,
entre 5 km (dans le détroit) et 25 km des côtes, en traversant un parc naturel
marin et des zones Natura 2000 en mer.
Conformément aux termes de la concession d'utilisation du domaine public
maritime, ce sous-segment devenu inactif doit être retiré dans la limite des eaux
territoriales françaises.
Le projet prévoit le démantèlement du câble par un navire type-câblier qui
procédera au relevage par tirage du câble hors du sédiment, au stockage à bord
du câble extrait puis à son envoi vers un centre de recyclage approprié. Cette
opération s'appuie sur l'expérience acquise lors du démantèlement du câble
TAT-14 voisin, réalisé avec succès en mars 2023 en Manche orientale.

Localisation
des 4 secteurs de relevage du câble SEA-ME-WE 3 sous-segment 10.2. dans les
eaux territoriales des Hauts-de-France. Les sites Natura 2000 sont en vert.
Le câble SEA-ME-WE 3, d’un diamètre
maximum de 46 mm, possède une structure composée de plusieurs enveloppes
isolantes renforcées par une double armure métallique : il est fabriqué avec
des matériaux inertes et ne contient aucun fluide à l'intérieur.
Le câble est enterré dans les
sédiments du fond marin entre 60 et 70 cm en moyenne sur la majorité du tracé, sauf
au niveau des pointements rocheux autour du Cap Gris-Nez et au croisement avec
d’autres câbles tel le faisceau de câbles d’énergie IFA2000 au niveau de Calais.
Le relevage du câble est réalisé par un navire type câblier équipé d'un treuil qui tire le câble hors du sédiment, progressant à faible vitesse (environ 1 km/h) en maitrisant la tension sur le câble. L’emprise sur le fond est très faible. Le câble est remonté, sectionné et stocké à bord.
Dans les secteurs où les profondeurs d’eau ne sont pas compatibles avec le tirant d’eau du câblier et sur des secteurs de préparation du relevage, c’est un navire type multicat (à faible tirant d’eau et plus facilement mobilisable) qui prend le relais.

Navires mis en œuvre :
câblier Maasvliet et multicat Zwerver III
Auparavant, pour localiser et extraire le câble, on utilise un grappin désensouilleur ou un train de plusieurs grappins remorqués par le navire. Le grappin s'enfonce dans le sédiment perpendiculairement au tracé du câble jusqu'à rencontrer une résistance indiquant son contact avec le câble qui peut être ainsi remonté à bord et coupé. L’extrémité qui ne sera pas relevée (côté ZEE) est sécurisée et lestée avant d’être relarguée au fond, où elle s’enterre naturellement.

Exemples de grappins de récupération du câble sur le navire multicat
Au croisement avec d’autres ouvrages
en service, comme les 4 câbles d’énergie IFA2000 ou le gazoduc FRANPIPE, le
câble doit être coupé de part et d’autre du faisceau d’énergie ou de la
conduite. Il en est de même avec les câbles de télécommunication plus récents,
posés sur le SEA-ME-WE 3.
L'expérience acquise lors du relevage
du câble TAT-14 voisin, dont le tracé est parallèle au SEA-ME-WE 3 dans le même
contexte sédimentaire, a montré que le relevage est possible en Manche
orientale sur les zones basses entre les bancs sableux et sur les zones
rocheuses autour du cap Gris-Nez. Dans les zones des bancs sableux de la Mer du
Nord et dans le détroit du Pas-de-Calais, il s’est avéré impossible de retirer
le câble car l’épaisseur de sables accumulés au-dessus du câble est trop forte,
du fait des mouvements naturels des sables sous l’effet des forts courants de
marée : on peut enregistrer des taux de migration des sables de 10 à 20 m
par an, créant des vagues de sables pouvant atteindre des hauteurs de 8 à
10 m. Les mouvements sableux depuis la pose du câble conduisent à des épaisseurs
de sable au-dessus du câble qui sont supérieures à la pénétration du grappin (pas
de possibilité de récupérer le câble) et où les tensions du tirage sont trop
fortes pour relever en toute sécurité pour le navire. Il est attendu de
rencontrer la même difficulté pour le sous-segment 10.2 du câble SEA-ME-WE 3 en
Mer du Nord : il pourrait être laissé en place au niveau des bancs sableux,
entre les câbles IFA2000 et la frontière franco-belge.
La durée des travaux de relevage de SEA-ME-WE 3 se limiterait à environ
une semaine pour la section en Manche orientale, en laissant le câble en place
entre l'IFA2000 et la frontière belge en Mer du Nord. Le calendrier des travaux
évoque trois scénarios possibles prenant en compte les activités humaines et
les calendriers biologiques : fin automne-hiver (entre novembre et février),
printemps (entre mars et juin) ou été-début automne (hors juillet).
L’analyse des impacts du relevage du câble SEA-ME-WE 3 montre que l’impact environnemental est limité et localisé, au niveau de la tranchée de sortie du câble tiré et des zones de recherche du câble au grappin. Les zones de fond déstabilisées sont réduites sur un linéaire étroit et temporaires avec une remise en état rapide des habitats et communautés benthiques à partir des zones voisines. Il n’y a pas de risque de collision ni d’impact acoustique sur les poissons, mammifères et oiseaux marins qui adoptent un comportement de d'évitement temporaire, ni d’impact sur la chaine alimentaire.
Concernant les activités humaines sur le plan d’eau, les impacts sont modérés car la durée des travaux est courte et des mesures sont prises pour limiter les conflits de navigation, avec une concertation avec le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins (CRPMEM) Hauts-de-France : un FLO (Fisheries Liaison Officer) est désigné pour organiser les travaux en collaboration avec les professionnels de la pêche et le CROSS Gris-Nez. Les mesures ERC proposées concernent la sécurisation des chantiers en mer, la prévention et lutte contre les pollutions accidentelles, la programmation des travaux de pose (en étroite collaboration avec le CROSS et les pêcheurs).
Le relevage du câble SEA-ME-WE-3 s'inscrit dans un strict respect des réglementations environnementales : absence de rejet et de pollution chimique vis-à-vis de la qualité des eaux côtières (Directive Cadre sur l'Eau), compatibilité avec les objectifs du Document Stratégique de Façade Manche Est-Mer du Nord et du Plan d'Action pour le Milieu Marin, assurant la protection de la biodiversité marine et limitant les pressions anthropiques.
Par ailleurs, les opérations de démantèlement des câbles hors-service présentent un avantage en termes d’aménagement du territoire, en offrant ainsi la possibilité de réutiliser des espaces libérés pour l’installation de nouvelles infrastructures dans des zones devenues critiques.
Département(s) concerné(s) : Nord (59), Pas-de-Calais (62) Type : Divers